EDC rejoint l’alliance pour la carboneutralité, mais n’a pas de plan pour mettre fin au financement des combustibles fossiles

Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Dubaï (COP28), Exportation et développement Canada s’est jointe aux agences de crédit à l’exportation (ACE) du Royaume-Uni, de la Suède et du Danemark pour cofonder la Net-Zero Export Credit Agency (NZECA) Alliance. En rejoignant l’alliance, les signataires s’engagent à aligner toutes les activités commerciales sur des « voies vers l’atteinte de la carboneutralité d’ici le milieu du siècle, ou plus tôt, notamment des émissions de CO2 atteignant la carboneutralité au plus tard en 2050, en cohérence avec une augmentation maximale de la température de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici 2100. »

À première vue, l’initiative est louable. Pourtant, le soutien indéfectible d’EDC aux combustibles fossiles1La mise à jour de juillet 2022 de la stratégie pour la carboneutralité d’ici 2050 d’EDC précise que « [sa] cible n’implique pas la fin du soutien d’EDC aux producteurs canadiens de pétrole et de gaz… [Elle y voit]… une occasion d’aider les producteurs à réduire les émissions liées aux activités de production. » La position d’EDC contraste avec l’engagement maintes fois exprimé par le gouvernement fédéral d’éliminer progressivement le financement public du secteur des combustibles fossiles, notamment par des sociétés d’État comme EDC. soulève d’importantes questions quant au sérieux de cet engagement de la banque d’exportation du Canada. Parmi les signataires de l’alliance, EDC est la seule à se classer régulièrement parmi les trois premiers bailleurs de fonds publics pour les combustibles fossiles au monde, avec un montant ahurissant de 32 milliards de dollars de prêts, garanties et assurances accordés au secteur au cours des deux dernières années seulement. 

Exportation et développement Canada (EDC) a cessé de fournir pratiquement tous les nouveaux financements pour les projets de combustibles fossiles à l’étranger au début de cette année, après que le gouvernement ait mis en œuvre un engagement pris lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2021 (COP26), connu sous le nom de Déclaration de Glasgow. Pourtant, EDC n’a pas prévu de calendrier pour l’élimination des milliards de dollars qu’elle fournit chaque année à l’industrie nationale des combustibles fossiles, qui représente la majeure partie du soutien du Canada à ce secteur. Le plan du gouvernement fédéral pour l’élimination progressive de cette aide, promis pour la première fois en 2021, devrait être annoncé d’ici l’automne 2024. 

La science, cependant, est sans équivoque. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, publié en mars 2023, estime avec un « degré de confiance élevé » que les émissions projetées des infrastructures existantes de combustibles fossiles à elles seules « dépassent déjà le budget de carbone restant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C ».2 Rapport de synthèse AR6 du GIEC, Résumé à l’intention des décideurs, B.5.3. Le dernier rapport sur la production de combustibles fossiles des Nations Unies indique que les pays prévoient actuellement de produire en 2030 plus de deux fois la quantité de combustibles fossiles acceptable pour atteindre cet objectif vital.  

Un tel scénario serait tout simplement catastrophique. Selon les dernières projections des Nations Unies, le réchauffement de la planète devrait atteindre près de 3 °C d’ici la fin du siècle, menaçant la santé, la vie et les moyens de subsistance de milliards de personnes vulnérables partout dans le monde – le plus souvent les populations qui ont le moins contribué à la crise. 

En bref, le respect des engagements climatiques du Canada exige non seulement que nous cessions d’accroître la production de combustibles fossiles, mais aussi que des installations existantes soient désaffectées rapidement. Pourtant, le Canada continue d’évoluer dans la direction opposée. Un rapport publié en septembre par Oil Change International a désigné le Canada comme l’un des principaux « saboteurs de la planète », avec les deuxièmes plus grands plans d’expansion des combustibles fossiles d’ici 2050 de tous les pays du monde.

Exportation et développement Canada soutient cette expansion à hauteur de milliards de dollars par an, dont une grande partie est fournie grâce au soutien explicite du gouvernement fédéral. Ceci est notamment le cas avec les 18 milliards de dollars de prêts et de garanties qui ont été accordés au cours des deux dernières années pour soutenir le projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain, qui vise à accroître les expéditions de l’une des sources de pétrole les plus polluantes au monde.  

Si le Canada veut être un véritable leader sur la scène mondiale en matière de finances publiques axées sur le climat, un changement de cap radical s’impose pour le gouvernement. Le Canada doit agir de toute urgence pour interdire tout financement public des combustibles fossiles, sans aucune échappatoire pour des distractions dangereuses comme le captage de carbone qui rendent l’objectif de 1,5 °C de plus en plus difficile à atteindre.